Sommaire - Video Games Museum.

L'histoire qui entoure ce jeu est intimement et définitivement liée à ma première fois vidéoludique. Dès lors, exposer le contexte particulier de mon histoire est donc à la fois inévitable, et autrement plus pertinent de par le vécu que dresser machinalement un test dénué d'âme. Il faut savoir que les Jeux Vidéo n'ont chatouillé ma curiosité que tardivement, vers l'âge de 11/12 ans environ. Certes, les petits jeux électroniques de poche ont toujours eu bon vent me concernant, mais la braise a vraiment pris lorsque mes yeux se sont posés sur l'Amstrad CPC 6128+, et particulièrement sur Burnin'Rubber. Dès lors, je me suis passionné pour ce petit monde en dévorant les prospectus, les magazines, les catalogues et par chance en jouant chez des potes et cousins chanceux propriétaires de machines propices à faire rêver. Très vite, ma préférence s'est tournée vers le monde merveilleux de Nintendo, qui m'était complètement inconnu du reste. Super Mario Bros ? Oui je connaissais, mais de nom seulement. Fou mais véridique.
La Nintendo Entertainment System, mon fantasme absolu à l'époque. J'aimais bien la forme de la console, son look aux traits futuristes, pis le noir et blanc complété d'une touche de rouge rendait la bête classieuse dans mes yeux d'enfant. Il est à admettre que les jaquettes de jeux colorées à souhait étaient extrêmement vendeuses, conséquence directe, mes faveurs se sont définitivement posées sur la firme de Kyoto. On est en 1991, mon anniversaire est déjà passé, par conséquent, je n'attends qu'une chose : ni les épisodes de Bioman ni les dernières images Panini, encore moins le top 50 de SuperLoustic la radio fantastique, mais bien le père Noêl ! Car cette année, je me suis mis en tête de tanner à la vie à la mort mes parents pour la bestiole désormais idolâtrée par mes soins. Un exercice périlleux au vu et su de la réputation sulfureuse des Jeux Vidéo à laquelle mes parents sont sensibles. En travaillant et préparant le terrain des mois durant, à l'aide de notes scolaires divines, je sens la roue tourner vers mon camp, ô joie suprême !
L'hiver rugueux approche et je n'en peux plus d'attendre. Les jours, les semaines diantre perdurent et jouent au bullet time, je me meurs, mais le jour J pointe enfin son nez. Samedi 30 novembre 1991, environ 19h30, direction feue-Euromarché, je positive plus que jamais ! Mes envies portent sur le pack Action Set incluant le zapper et ze double catridge Super Mario Bros / Duck Hunt. Mais le prix inconcevable pour ce qui est considéré à l'époque comme un jouet a refroidi mes ardeurs, du coup je me dirige vers un pack moins cher, et là je tombe sur le pack Nes - Teenage Mutant Hero Turtles et que vois-je !? 690 Frs il me semble, D'un rapide coup d'oeil vers mes parents, je comprends que c'est encore trop onéreux, je fais jouer la carte des sentiments, et finalement ils ont cédé sous mes arguments de choc (La console seule vaut 490 Frs, patati patata, en moyenne un jeu s'échelonne de 399 Frs à 499 Frs, patati patata, si j'ai pas de console je vais mourir, patati patata...).
En définitif, après des pourparlers de haute teneur mentale, tout fier, je me saisis du pack que je blottis tendrement dans mes bras peu musclés, fallait voir, j'avais l'impression de tenir amoureusement la plus belle fille du monde, j'évitais d'agripper de trop le pack de peur d'abîmer le carton (Déjà un accroc du Mint). Durant tout le trajet de retour en bus, je reluquais sans cesse la boîte et toutes les inscriptions dessus, j'avais l'impression de détenir le trésor inestimable que personne ne possédait, mes parents disaient que j'étais furieusement possédé. Une fois rentré, je dépose délicatement ma 8ème merveille du monde dans la chambre de mes parents, car oui le 25 décembre, on n'y était pas encore, donc interdiction d'ouvrir la « Pandora Box » avant la date fatidique. Sans doute possible, je crois que ce fut l'une des attentes les plus interminables de ma vie.
Au petit matin du 25 décembre, après une nuit blanche, je déballe enfin mon trophée magique, je sens encore le neuf, cette odeur de plastique, de poly', de papiers, de cartons, tous mes sens sont en éveil et je tremblote telle une feuille qu'un sapin n'a pas. Je prends tout mon temps, plus rien n'existe, je lis attentivement la notice page par page, même les trucs en anglais, je regarde la console et le jeu d'un oeil mystique et lubrique, je daigne enfin toucher la belle, je m'empare de la cartouche, la sens, la palpe. Oui un môme en émoi, c'est supra-flippant je vous le concède. La cartouche entre mes mains, je me sens obligé de sentir les connecteurs, quand j'ouvre la trappe de la console, je jette un oeil d'expertise du genre oui tout va bien, je branche l'adaptateur secteur sur la prise murale, je connecte le câble péritel et quand je saisis la manette, j'ose à peine effleurer les boutons rouge sexy. J'insère la pépite, appuie dessus pour abaisser le slot, referme la trappe, j'allume la Sony Trinitron, je me mets sur AV1, et appuie fébrilement sur le bouton POWER. Tada ! Le jeu se lance et soulagé, je regarde ce qui se passe sous mes yeux, ébahi d'une joie qui m'étreint profondément ! Limite je chiale tellement je suis l'homme le plus heureux sur Terre à ce moment précis, plus rien ne compte. Ce premier jour restera ancré dans ma mémoire, à jamais ! Quand le potentiel ludique d'une bécane rencontre l'innocence et la ferveur infinie d'un môme, ça fait des étincelles m'sieurs dames.
Teenage Mutant Hero Turtles sur NES, je le connais par coeur, je l'ai fini maintes fois à l'époque. Facile quand on sait que je n'avais droit à des Jeux Vidéo qu'occasionnellement, deux par an pour être précis, du coup, je connaissais le moindre recoin, le moindre pixel des jeux en ma possession. Teenage Mutant Hero Turtles pour un 1er jeu, fut une expérience exceptionnelle, balancer l'un des jeux les plus difficiles en guise d'enterrement de la vie de bébé fut un défi, sauf que j'en avais pas conscience autrefois. Aveuglé par ce jeu, MON JEU, MON 1er JEU, qu'en reste t-il aujourd'hui ? Que reste t-il d'un premier amour vieux de 18 ans lorsqu'on est en 2008 ? Je tue le pseudo-suspens de suite, Teenage Mutant Hero Turtles est un grand jeu, aucun doute là dessus.
Tout ou presque a concouru en sa faveur. A cette époque, les Tortues Ninja cartonnaient partout, en live, en anime, sur papier, en jouets, etc. Une adaptation vidéoludique se profilait à l'horizon. Développé par Palcom/UltraGames (Des filiales de Konami), le jeu arrive en ‘89 au Japon sous le nom de Gekikame Ninja Den, la même année aux US mais rebaptisée pour l'occasion Teenage Mutant Ninja Turtles, et enfin un an plus tard chez nous renommé cette fois Teenage Mutant Hero Turtles. Le jeu est orienté action avec un zeste d'aventure. Il en ressort ainsi un gameplay varié et attirant. Ce dernier s'inscrit dans les grandes lignes des jeux qui requièrent des réflexes certains, une concentration énorme, et une mémoire affûtée pour apprendre les moult patterns des ennemis particulièrement féroces. Qu'on se le dise, aucun cadeau ne sera fait, toute erreur commise et c'est la sanction immédiate. Ainsi fut la dure loi des jeux d'antan et dont est témoin ce Teenage Mutant Hero Turtles.


REVIEW...

Si les premiers niveaux se passent relativement sans gros problèmes, à partir de l'aéroport ça se gâte sévèrement, et les pétages de câble dans l'enceinte du technodrome seront légions, croyez-moi ! Vous allez morfler, et pesterez contre les ennemis qui arrivent au dernier moment. lors d'un saut, des ennemis qui vous éclatent alors que vous grimpez encore une échelle, la vacherie du niveau 5 où l'emplacement du boss est aléatoire, etc. Le jeu vous fera voyager, car si vous débutez dans les égouts de Manhattan, vous verrez aussi le Bronx la nuit, l'aéroport à New York, etc. Les niveaux sont relativement longs, diversifiés, et dotés d'un excellent level-design. Les stages principaux se déroulent pour la plupart en intérieur avec scrollings horizontaux classiques, avec pour finalité la confrontation contre un boss voire un demi-boss avant (Cela va des célèbres rhinos mutants Rock Steady et Bebop, au Mecha-Turtle, en passant par Big Mouser sans oublier l'inévitable Shredder).

Le jeu regorge de phases d'exploration en extérieur avec vue de dessus, à pied ou en monospace tuné aux écailles, ces niveaux s'apparentent à des déplacements sur une map. Durant ces phases, il faudra se frayer un chemin tout en faisant attention aux obstacles, qui parfois sont de simples sbires. Mais dans le stage 3 par exemple, la map sera limitée par des barrages qui ne demanderont qu'à être détruits pour progresser. Graphiquement le jeu est propre, coloré, on peut aisément parler d'une réussite sans parler de tuerie pour autant. L'animation est fluide, très peu de saccades et de ralentissements, reste que le jeu présente des clignotements si chers au hardware de la Nes.
La maniabilité est bonne, nos reptiles répondent au doigt et à l'oeil, reste à apprivoiser le hitbox ma foi fort pénalisant. Les collisions fantaisistes sont malheureusement de la partie. Cette relative bonne jouabilité n'est pas du luxe compte tenu des séquences de plate-formes ardues à souhait. En revanche, il faudra maîtriser l'inertie des sauts, qui traînent une latence agaçante face à la précision chirurgicale nécessaire tout au long du jeu. Les musiques quant à elles sont inspirées et bien dans le ton, tantôt entraînantes enjouées tantôt oppressantes, elles accompagnent parfaitement l'aventure sans être soûlantes, ce qui n'est pas un mal vu le challenge proposé où les essais se multiplient. Une dimension tactique est prônée durant le jeu, car il s'avère que nos 4 tortues ne se joue pas de la même manière. Si Michaelangelo semble être le plus faible avec Raphaël et ses saïs, Donatello et son bô représente la tortue la plus efficace, que ce soit en terme de puissance de frappe ou de portée. Disons que les autres ont des armes (saïs, nunchakus & katanas) plus ou moins efficaces selon la nature des assaillants. Préserver la tortue violette sera prioritaire. Fort heureusement, on ne meurt pas à la moindre attaque, une barre de vie est présente, et se régénère en s'octroyant une part de pizza, voire une full disséminée ci et là au compte-goutte.
En outre, vous aurez la possibilité d'équiper vos tortues d'armes secondaires, selon les aléas du hasard, style boomerang, shurikens simples/triples, et surtout kaïs, une arme certes surpuissante mais rarissime. L'originalité est de pouvoir switcher de tortue à tout moment en appuyant sur start. Dès lors, il est possible de stocker des armes intelligemment en fonction des besoins. Un armement qui est une aubaine pour se débarrasser de la horde de pas beaux vilains qui se présenteront face à vous, la variété des ennemis est juste phénoménale, chaque niveau apporte son lot de nouveauté et de cruauté soit dit au passage . Et si les Foot Soldiers sont méconnaissables, la plupart des vilains sont issus directement des comics. On dispose de 4 tortues, donc 4 vies et surtout peu de continue ! Lorsqu'on perd une tortue, elle est en fait captive dans un niveau plus en amont, il est donc possible de la récupérer en la délivrant mais uniquement dans certains niveaux et ce, une seule fois. Des items comme les cordes et les bombes pour le van restent anecdotiques. Vous savez tout et avez toutes les cartes en main pour secourir April dans un 1er temps et Splinter par la suite, bah oui le scénario est kowabungaesque !



En conclusion...

Pour résumer, le jeu est techniquement honnête, le gameplay intéressant, la bande-son réussie, reste la difficulté rebutante pour les moins téméraires, d'ailleurs l'absence de password ou de sauvegarde confirme que le jeu n'est pas à la portée du 1er venu. Enfin pour clouer le bec aux derniers réfractaires des Ninjas Verts Mutants, dans l'absolu c'est assurément un bon jeu, si on enlève les tortues en les remplaçant par des inconnus, le jeu ne perd en rien de son efficacité, la marque des grands oui. Certainement le meilleur Teenage Mutant Hero Turtles avec le Turtles in Time ! Un indéboulonnable de la 8-bits de Nintendo.

Nightsaint.